mardi 6 avril 2010

Joyeuses Pâques

La semaine dernière c'était Semaine Sainte en Colombie: Semana Santa.
A Popayán, ville blanche coloniale, pas de chocolats, mais des processions: à 20h le soir, de longues files solennelles ouvertes par la police en uniforme de gala qui tape sur des tambours; et l'enfilée silencieuse des faux prêtres en robe longue et ceinture large en soie avec un petit air du Klu Klux Klan. Ils portent sur des tréteaux une immense vierge pleurant son fils, suivie par des saints dont personne n'est plus bien sûr de ce qu'ils ont fait; suivie par un ange qui tient en laisse de métal la Mort avec sa faux, toute piteuse. Ca a l'air lourd, ils s'arrêtent tous les dix mètres et bloquent la ville sur des rues entières; vous avez intérêt à être du bon côté de la ville si vous voulez rentrer chez vous, parce que sinon vous êtes bon pour attendre que ces pieuses gens processent jusqu'à n'en plus vouloir.

Gabelo et Karol, les amis chez qui j'étais, louent leur balcon aux badauds qui ont la flemme de voir passer ça debout tous serrés dans la foule qui se tait. Ils habitent la maison même dans laquelle vivait Alexander von Humboldt, le scientifique allemand qui s'en est allé regarder les petites fleurs et les petits cailloux d'Amérique Latine pendant la grande expédition botanique de 1799 à 1804. Vieeeeeeeiiillle maison, où ils louent une chambre au parquet qui craque, et où ils ont installé le quartier général de leur vie d'artistes bohème à la Colombienne. C'est génial d'être avec eux; j'y retourne dès que je peux.

A Cali et Bogotá, et dans toutes les grandes villes colombiennes, on ferme toutes les boîtes, on vend le moins d'alcool possible, et on se fait celui qui va prier tous les jours. C'est Semana Santa, tout de même. Mais ça cache la tension sociale qui peut exploser sans prévenir, surtout qu'on s'approche des élections présidentielles en mai et qu'en ce moment, par exemple, il ne fait pas bon aller prendre l'air dans les régions où la guerrilla se balade. Preuve en est la première phrase d'une colonne d'opinion dans El Espectador, journal national, aujourd'hui:
"La Semaine Sainte est passée. Nous devons rendre grâce au Très-Haut parce que l'unique tragédie qu'il y eut fut la crucifixion et la mort de Jésus". Joyeuses Pâques!

jeudi 25 mars 2010

De la clarté, je vous en prie

Ajustons la focale. J'ai recu une pluie de mails me disant que j'allais me faire décapiter, arroser a l'huile bouillante, chatouiller la plante de pied au fer rouge, couper les ongles et autres; votre réaction massive et intense a été provoquée par les messages précédents.
Je voudrais que deux choses soient bien entendues: la premiere, ca me touche que vous vous inquiétiez pour moi. La deuxieme: la Colombie, c'est une démocratie. C'est pas tous les jours facile et il y a beaucoup de violations des droits de l'homme, je vous l'accorde; mais la liberté d'expression est respectée et on peut critiquer tout ce qu'on veut. Je vous dirais meme que de la vient le probleme: tout le monde critique, personne n'est content, on le braille haut et fort et il ne se passe rien. La preuve: ces élections de l'autre dimanche, qui ont été un fiasco total, le lamentable crash de toutes les belles espérances de la classe intellectuelle colombienne. Demain je vous explique ca en détail, con todos los juguetes, comme on dit ici (avec tout le tralala); la tout de suite je ne peux pas, parce que je m'en vais danser la salsa a Tin tin deo, le rendez-vous du jeudi de tous les salseros de Cali. C'est un petit bar au deuxieme étage avec au mur des photos des immenses chanteurs de salsa depuis qu'elle a éte inventée, et le jeudi c'est salsa toute la nuit avec un petit moment de musique du Pacifique pour se reposer l'ouie sur le coup de 11h30. Mais que cela ne nous détourne pas de l'objet de ce message: la Colombie, ce n'est pas la Corée du Nord, nom d'une pipe.

dimanche 14 mars 2010

Llegó la hora de la democracia

"L'heure de la démocratie est arrivée." Aujourd'hui, c'est jour d'élections en Colombie. On vote pour les candidats au Congrès, c'est-à-dire le Sénat et la Chambre des Représentants. Tout le monde sait que plus de la moitié des candidats ont financé leur campagne avec les sousous du narcotrafic, et une grande partie d'entre eux a des antécédents avec la justice, que ce soit pour contacts passés ou présents avec des narcos, avec la guerrilla, ou délinquance commune. Ce qui se fait pas mal aussi, ce sont les pressions sur les électeurs pour s'assurer leur vote. Le clientélisme est monnaie courante dans la politique au niveau local; Gio, qui est un type intelligent, étudiant de Sciences Politiques en projet de thèse et d'une critique constructive, me disait l'autre jour qu'il y a un candidat aux municipales de Palmira (sa ville) qui ne lui plaît pas du tout; mais il votera quand même pour lui, parce que eeh... tu sais... les réseaux.

Ca, c'est quand c'est encore joli. Sinon, on peut aussi exercer une pression de telle manière que les gens n'aient pas d'autre choix que de voter pour vous. Par exemple, s'infiltrer dans les programmes sociaux du type Acción Social, qui donne des bourses mensuelles aux mères de famille sans revenus. C'est facile: on retient leurs bourses jusqu'à ce qu'elles promettent de voter, et voilà. Quelques fois, ce genre d'action est dénoncé; mais c'est rare. Pourquoi se priver?

Tout le monde le sait, mais il ne se passe pas grand chose. C'est pour ça qu'il y a de grandes, très grandes attentes pour ces élections: l'élite d'opinion en Colombie attend une rénovation profonde des membres du Congrès. Et vous savez quoi? L'idéologie ou le programme desdits candidats ne sont pas si importants, dans le fond. Ce qui importe, c'est qu'ils soient clean sur le financement de leurs campagnes et qu'ils n'aient pas de mauvais antécédents. Autrement dit, c'est pas gagné.

On va aussi voter pour le Parlement Andin, même si en vrai personne ne le sait. Les gens vont se retrouver devant le bulletin électoral avec des petits numéros et des petits logos en couleur sans avoir la moindre idée de quoi il s'agit. Qu'à cela ne tienne, c'est comme ça depuis des décennies; on met n'importe quel numéro et on repart chez soi, pas content mais "qu'y va-t-on faire". Le Parlement Andin, c'est une pâle copie du Parlement Européen: même idée fondatrice, assurer l'intégration régionale des pays andins. En sont membres la Colombie, l'Equateur, la Bolivie et le Pérou; Chavez en a sorti le Venezuela il y a un bon moment déjà. Chaque pays a 5 représentants au Parlement, qui se réunit à Bogotá, en principe pour bosser sur des politiques d'intégration sur les thèmes de frontières, économiques, politiques et de tourisme. Le Parlement Andin devrait aider à passer au-dessus des préjudices qui existent entre les peuples (parce que franchement, ce sont tous des jumeaux dizygotes: il y a des petites différences mais de dos ou quand ils braillent, ça ne se remarque pas) et pouvoir avancer vers une intégration régionale qui unifierait les peuples andins.
Ca, c'est sur la papier. En vrai, le Parlement Andin ne fait quasiment rien, personne ne sait qu'il existe et ceux qui le savent sont en train de se demander s'il ne faudrait pas le supprimer pour dépenser l'argent qui passe dedans à quelque chose de plus utile. Ce qu'il faudrait, c'est que le Parlement Andin ait un pouvoir obligatoire sur les pays (là il peut juste faire des recommendations: "ce serait bien si vous faisiez ça, mais c'est comme vous voulez, hein...") Vous parlez d'une efficacité; mais un pouvoir comme ça, ça exige que les pays renonce à une partie de leur souveraineté, ce qui n'est pas gagné non plus. Et bien sûr, il faudrait que les gens se rendent compte qu'il y a un Parlement Andin et un projet d'intégration régionale.

Et puis finalement, on va voter pour élire le candidat à la présidentielle du 30 mai dans deux partis: les Verts et le Parti Conservateur. C'est très important aussi. Ici les partis sont extrêmement fragmentés; c'est-à-dire qu'il n'y a pas de direction effective depuis un centre, qui donne des indications de programmes et fournisse les ressources pour le financement des campagnes. Chacun entre dans le parti avec un minimum ridicule de prérequis, fait son programme à sa sauce et se débrouille pour trouver les sous, cf: ci-dessus si vous ne savez pas comment faire. Il n'y a pas de discipline parlementaire, et pas de projet leader au niveau nacional. Donc au moment de choisir un candidat unique par parti pour la présidentielle, c'est la lutte de coqs. Ils se tirent mutuellement des balles dans les jambes et personne n'est d'accord. Le vote populaire décide, bien sûr, et ça règle formellement la question; le problème, c'est que le candidat choisi ne dispose pas du soutien de tout son parti ni des électeurs de tout le parti.


Tout ça, ça génère de l'émotion, bien sûr. C'est un euphémisme: ici les élections sont traditionnellement des jours violents de lutte partisane et sociale. D'abord, les guerrillas (et surtout les FARC) font tout ce qu'elles peuvent pour saboter les élections: pressions violentes sur les électeurs pour qu'ils ne sortent pas de chez eux, attaques aux postes de vote, campagnes de terreur. Mais les gens eux-même ont l'habitude de transformer les élections en champ de bataille. Pour éviter la dégénération d'un processus aussi fondamental, l'Etat déploie ses forces dans tous les postes les plus chauds ou avec un passé électoral violent. Depuis vendredi 16 heures, il y a ley seca, la loi sèche: personne ne peut acheter d'alcool et toutes les discothèques sont fermées. (Bon, comme je me suis rendu compte vendredi soir à l'anniversaire de Cristhian, quelque fois la loi sèche est plutôt humide... mais ce n'est pas si facile.)On limite au maximum les risques d'éclatement d'un conflit violent pendant l'élection, en se basant sur des statistiques qui repèrent les zones les plus risquées. Cali était marquée en rouge foncé sur la carte des risques.

Il est 13h52 à ma montre: pour l'instant, c'est calme, la radio ne dit rien d'inquiétant, ni les journaux. Pourvu que ça dure, et que ces élections répondent à une partie des attentes qu'elles ont généré.

dimanche 28 février 2010

Correction and apologies

Mes plus plates excuses, il faut rectifier un élément important du message précédent. Je viens de me rendre compte en relisant bien les articles qu'en réalité la Cour constitutionnelle n'a pas déclaré inconstitutionnel un troisième mandat présidentiel, mais seulement la proposition de référendum qui aurait permis à Uribe de modifier la Constitution avant les élections présidentielles de cette année et de se représenter directement. C'est cette procédure qui était inconstitutionnelle, et pas le principe de permettre trois mandats à un président.

Du coup, Uribe n'a pas encore lâché l'affaire: ses petits copains au sein du Congrès vont travailler tout au long du prochain mandat à une réforme législative de la Constitution, qui permettrait une réélection aux présidentielles de 2014 (les mandats présidentiels sont de 4 ans en Colombie).

Tout dépendra donc du prochain gouvernement: s'il fait ses preuves, il est probable qu'un troisième mandat d'Uribe ne passe plus après un changement de régime de 4 ans. Si non, Uribe a toutes ses chances. Quoiqu'il en soit, il y aura tout de même eu un mandat de respiration pour voir s'il y a d'autres solutions au conflit armé que le bellicisme enragé d'Uribe, même s'il faut reconnaître qu'il a donné de bons résultats à court terme. Et il faut reconnaître également que ces bons résultats, c'est probablement grâce à sa longue période de pouvoir (deux mandats) qui a permis une continuité dans la stratégie gouvernementale de lutte contre les groupes armés.

samedi 27 février 2010

Surprise, surprise

Les secteurs anti-bellicistes et anti-réélection de Colombie frissonnent d'excitation depuis hier apres-midi: la Cour Constitutionnelle a rejeté la possibilité d'un référendum pour voter une réforme constitutionnelle qui permettrait trois mandats consécutifs a un président.
Ca veut dire: finie l'ere Uribe, et éloigné le risque des mandats a rallonge qui se terminent en élection a vie. C'est contre les principes de la Constitution colombienne qu'un président reste 12 ans au pouvoir.

C'est vraiment une surprise, parce qu'Uribe est tres populaire. En Amérique Latine, la popularité c'est comme le mélange de différentes pommes dans un crumble: le secret de la réussite. Aprés l'indépendance, les pays latinos se sont tous armés de Constitutions bien ourlées qui ne permettaient meme pas une réélection; et puis arrive un ptit gars joliment tourné, bonne bobine, la langue bien pendue, monte a la présidence, fait trois petits tours et ne s'en va pas. Un petit discours etniciste par ici, beaucoup de clientelisme par dessous la table par-la, et zou! réforme constitutionnelle, vous pouvez me réélire (c'est seulement si vous voulez, bien entendu....)

Et en plus, dans le cas de la Colombie, c'était pire encore. Parce que non seulement le señor Uribe est cousin ou pote ou beau-frere de toute la classe économique qui compte dans les hautes spheres du pouvoir, mais en plus il pouvait compter sur un appui populaire indestructible, a cause de la guerrilla et des paramilitaires. Les deux mandats d'Uribe ont été concentrés sur les accords de démobilisation des groupes paramilitaires, d'une part, et sur l'extermination systématique des groupes guerrilleros, d'autre part (surtout les FARCs.) Et avec succes, en plus: il a réussi à démobiliser une grande partie des paras et à tuer ou extraditer aux Etats-Unis beaucoup de leaders guerrilleros importants et de narcos. La "sécurité démocratique", ça s'appelle. Evidemment, les politiques publiques pour réduire les inégalités économiques et sociales sont restées un peu sèches, mais on peut pas être partout. Et puis ça fait quand même joli sur les affiches, "deux leaders de la guerrilla éliminés en Equateur!" (les problèmes de violation de la souveraineté du voisin, on verra ça plus tard à l'heure du martini).

Mais finalement, vous voyez, on est jamais à l'abri d'un coup de pouce constitutionnel. Tous les statuts facebook de mes copains disent à peu près "YAHOUUUUUU! Enfin on va avoir une démocratie!!!!" Bien sûr, ce sont les commentaires des gens de l'ICESI, qui ont des sous dans la caisse et des livres dans la bibliothèque. Ca m'intéresserait beaucoup d'entendre ce que disent les agriculteurs dans le Magdalena Medio, qui a été ravagé par les paramilitaires, ou alors dans le Putumayo qui est une zone de base des Farcs. Je pense qu'ils sont plutôt déçus dans ce coin-là.

Parce que maintenant, il faut penser à la relève. On n'est plus très loin des présidentielles (la propagande envahit toutes les rues, chaque petit espace libre, c'est du délire) et les candidats se tirent la bourre. Reste à voir si ce qui viendra après ne va pas détruire tous les efforts d'Uribe pour en terminer avec les groupes armés en adoptant une tactique plus soft, ce qui minerait n'importe quel effort pour améliorer la situation du 42% de Colombiens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Un peu plus tard je vous ferai une mise au point des candidats et des grandes lignes de leur programme. Et je vous ai aussi promis une explication du conflit armé, c'est au four.

Il y a quand même un excellent point dans cette histoire: c'était drôlement inquiétant que la Colombie, démocratie stable depuis plus de 60 ans malgré la violence qui la secoue, réduise les chances de renouveau des institutions en permettant un troisième mandant consécutif aux présidents (n'importe quel président, tous griefs/adulation reconnaissante à l'égard d'Uribe mis à part). Un système politique doit s'oxygéner, et ça soulage de voir que c'est ce qui se passera. A voir comment vont se passer les présidentielles: il y a déjà eu 3 attaques des Farcs dans le Cauca alors qu'on est à trois semaines des élections au Congrès, et dans les journaux les découvertes de scandales de financement des campagnes et d'achat de votes pleuvent. Ca a toujours été comme ça et c'est d'ailleurs un peu mieux qu'avant, mais attendons voir.

lundi 22 février 2010

Salento, Valle del Cocora

17 décembre 2009: Premier voyage avec Fiona!!! On devait aller dans l'eje cafetero ("l'axe du café", la région caféière la plus prolifique de Colombie) avec une fille que j'avais rencontrée un jour à l'université et qui m'avait dit de venir avec elle et un groupe d'amis. Je ne l'avais pas revue depuis, et évidemment le plan n'a pas marché, ils n'y sont pas allés (ça arrive souvent ici. Rien qu'aujourd'hui ça s'est passé 2 fois, imaginez-vous). Donc j'ai dit " ah ouais? c'est pas grave, partons tous les trois (Fiona, Juan et moi) pour Salento", dans l'eje cafetero précisément. Après tout, il y a juste besoin d'un Colombien pour saler un peu l'affaire, pas de cinq, et on s'en sort très bien. On est partis tôt: Salento est un petit village au nord d'Armenia, une des trois grandes villes de l'eje cafetero. 4h de bus jusqu'à Armenia, 1h et demie d'Armenia à Salento.
Photos de bus, jamais géniales mais histoire de vous faire sentir le voyage.
Celle-ci m'a plu, en revanche. Elle a plu, il a plu, littéral.
Et... premiers pas sur la place centrale de Salento, sous la flotte.
Posée à la colombienne, on a un choc de culture sur la question, avec Juan. Je vous ai déjà parlé des Colombiens et des photos, n'est-ce pas?
Mais bon... ça va très bien à Fiona.
Salento, le village où le temps s'est arrêté au XIXe siècle. C'est sa réputation dans la région; il a été fondé en 1850 et on dirait qu'à peu près en 1890 il s'est figé, les gens ne voulaient pas passer au XXe siècle donc ils s'en sont tenus là.
Bon, ils pouvaient pas empêcher les voitures d'arriver. C'est surtout d'architecture qu'il s'agit en réalité, quand on parle de se figer dans le temps. Ici ils ont une nette tendance à détruire tout ce qui appartient au passé pour le reconstuire en très moche; vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi Cali est si laide et goudronneuse alors que c'est une ville coloniale?
Mais gracias a Dios, (ici il faut toujours dire merci à Dieu, ne vous posez même pas de questions), Salento en a réchappé. El pueblo de calles cortas y recuerdos largos, l'appelle-t-on ici: le village aux courtes rues et aux longs souvenirs.









Coup d'oeil indiscret à l'intérieur d'un bar fantastique, avec musique rythm'n blues et cadres d'artistes locaux aux murs. On y a passé toutes nos soirées; tous les clients étaient des étrangers, bien sûr. La salsa, le merengue et la bachata, c'est génial pour danser, mais de temps en temps on se sent à la maison avec son Ray Charles.



Notre doux foyer de deux nuits! On a dormi tous les trois dans une chambre, porte immense qui ferme au cadenas et correspondance de l'hôtesse encore sur le bureau. Adorable, d'ailleurs, l'hôtesse, une petite vieille toute ridée dont on se demandait comment elle montait encore les escaliers. Mais fallait pas s'y fier, on s'est vite rendu compte qu'il y avait une main de fer derrière tout ça.
Je vous présente l'ejecutivo, le repas à 5000 pesos (à peu près 2 euros) que vous trouverez dans n'importe quel endroit de Colombie. Une soupe à part; et ensuite tout dans la même assiette: du riz au centre, des légumes ou des pommes de terre, de la viande, deux tranches de platano frit (on dirait une banane mais c'en est pas une, c'est plus gros et ça ne se mange pas cru. C'est délicieux) et une petite salade. C'est quasiment toujours pareil, mais ça vous cale. Et j'oubliais le jus de fruit qui vient avec, quand vous avez de la chance c'est vraiment un bon jus de fruits fraîchement pressés; je soupçonne que celui-là était de la confiture diluée dans de l'eau.
On avait plutôt froid, et on n'était même pas encore trempés. La soupe, c'est plus chouette à Salento qu'à Cali sous 40°C.
Une granadilla. On peut aussi ne pas la couper en deux, juste percer un trou et aspirer.
Il continuait à pleuvoir, mais on a dit "peu nous chaut; allons nous régaler des charmes de Salento, même trempés comme des soupes". Pour fêter notre enthousiasme, on s'est même offert des sombreros, Fiona et moi.
Un duende, un nain. Ils pullulent dans les légendes colombiennes. A Salento, ils les invitent carrément dans la maison.
Autour de Salento... Ca a commencé à se gâter. Quand on a décidé de monter en haut du mirador, (littéralement, l'endroit d'où on regarde), il pleuvait des cordes.

Mais ça valait la peine. La brume n'était pas trop épaisse encore et elle donnait même une note poétique à la magnificence du paysage.

Je crois que j'ai perdu cette écharpe et cette chemise verte en Equateur. Quelle tristesse.
Quelle maison vous voulez? On a joué à "quand on sera grand, beau et riche" avec Juan. Moi je la veux plus isolée, vous pouvez prendre n'importe laquelle de celles-là. Mais oui, je viendrai vous voir quand même.
Le moment où on commence à avoir très froid. Mais on fait comme si.
La vallée... C'est somptueux quand vous y êtes vraiment. Bien sûr, il faut imaginer.
En haut du mirador...

J'adore cette photo. On dirait qu'on est les deux protagonistes d'une série romantique colombienne, méga dramatique, avec toujours la petite héroïne sans le sou mais très belle qui va réussir à s'en sortir à force de travail acharné et d'honnêteté, ou alors dans les bras d'un gros gras narco, ça dépend du style de la série. Mais les dialogues sont kiffe-kiffe: "Carlos Antonio!!!" dit-elle. "Angela Isabel!" répond-il, et là on ne sait pas ce qui se passe parce que l'électricité a été coupée. Oui, elle va finir par revenir. Quand? Oh, ahorita... (ce qui veut dire ou dans 10 minutes ou dans 3heures, suivant la position de votre bonne étoile vis-à-vis de Neptune).
Celle-là était un raté, mais elle me fait rire.
On est restés un bon moment en haut à se faire tremper MAIS à savourer le paysage, et puis on n'a plus supporté le froid, donc là c'est direction le Barroco, le fameux bar dont je vous ai parlé. Aguapanelita con queso, le remède à tous vos maux: de l'eau chaude avec de la panela, qui est un sous-produit du sucre, on le récupère de la canne quand on fait le sucre. C'est super bon et beaucoup plus sain que le sucre, parce que le processus est moins long, c'est naturel. Et le must, c'est de le manger avec du fromage: il n'a pas beaucoup de goût (ah pardon Juan, "il a goût subtil") mais il se combine très bien avec l'aguapanela. Et puis de toute façon, c'était chaud. Le petit-dèj du lendemain à 7h: aguapanela, de nouveau, oeufs brouillés avec des tomates et des oignons, arepa, fromage et une tranche de pain.
L'autre visage de Salento, c'est-à-dire, sous le soleil. Le plan de la journée, c'était d'aller en jeep jusqu'au Valle del Cocora, pour voir les palmiers de cire, palmas de cera. Mais la jeep ne partait pas avant trois quart d'heures, donc on a eu le temps de monter sur la colline derrière notre auberge.

On a bien grimpé, d'ailleurs. Toutes les 20 marches dans les escaliers, il y avait un panneau qui expliquait que Salento était un trésor historique inestimable et qu'il fallait le protéger.
Tout en haut!!!
On est redescendus, on a sauté dans la jeep, 30 minutes de route dans la montagne magnifique, debout accrochés à l'arrière bien sûr pour ne pas rater le paysage. Et en plus, c'est plus marrant.



Et tadaaaa! Nos premiers palmiers de cire.



C'est devenu l'arbre national en 1985. Il faut vous dire qu'il est particulier. Dans la jeep, j'ai rencontré Alex, un guide du coin, qui m'a plaisamment raconté des tas de trucs à propos de la flore de la vallée. Entre autres, que le palmier de cire est le plus haut de son espèce. Vous allez vous rendre compte de ça. Et entre autres encore, qu'il n'y a aucun autre endroit au monde où pousse le palmier de cire à cette altitude: c'est un arbre de la côte, au niveau de la mer. Ici, on est entre 2000 et 3100 mètres d'altitude. C'est coquet, admettez-le.
C'est une vue à rester la bouche ouverte. Ils sont très impressionnants.



Ah, et ce que je ne vous ai pas dit, c'est qu'on est parti pour une expédition de 6h dans la montagne. On commence dans la vallée, bien sûr, et on profite des palmiers. Mais ensuite, on va grimper grimper grimper, et Alex m'a promis des colibris en haut d'une montagne, si j'arrive à suivre les panneaux. (Je ne sais pas bien ce qu'il a voulu dire par là; qui s'est moqué de mon sens de l'orientation??)
L'homme-arbre. On l'a baptisé et adopté, avec Fiona. Il est chouette.
Une heure de marche, à peine. Le climat est délicieux, chaud avec une petite brise qui sent bon. A un détour, en commençant à gravir la montagne, on a vu un petit chemin mouillé d'où arrivait un bruit de cascade. On y est descendus, bien sûr.
Fiona de la jungle...
On n'est pas encore à la cascade, mais ça va pas tarder.
Pas encore...
Elle était délicieuse, fraîche et claire comme une eau de source.
La voilà!
Juan se sentait l'âme aventurière ce jour là, donc il a absolument voulu qu'on ailler ramper sur les rochers pour voir jusqu'où on pouvait aller dans la cascade.
La réponse était: pas loin. Il nous restait quand même 4 ou 5h de marche alors on a renoncé à se tremper tout de suite et à faire toute la balade dans des chaussures pleines d'eau qui font scouich-scouich, aussi fun que ça paraisse.

Ha, sur ces ponts-là Fiona avançait pas par pas, elle mettait 10 minutes à les traverser, et Juan n'était pas beaucoup mieux!! moi je jouais au funambule.

Le pic le plus haut de cette chaîne de montagne, un peu plus de 3000 mètres d'altitude. Dans la niebla, la brume, ça lui donnait un air tout poétique et pensif, surtout qu'elle se déplaçait. Vous vous retrouvez à le regarder, les bras pendants, le nez en l'air et la bouche ouverte, en essayant de comprendre une chose mais sans savoir laquelle exactement.
Tout en haut de la montagne, on avait fait la moitié du chemin. On est content de trouver le refuge et le petit bonhomme que vous voyez dans le fond qui vous accueille avec un banc en bois et une aguapanela con queso (et oui...). On avait un peu de maïs et de jambon, on a mélangé tout ça et hop! voilà le déjeuner.

C'était tout calme, tout silencieux, avec un air tellement pur qu'il se buvait. Ca faisait du bien en sortant de Cali...
Et la cabane pour les colibris promis!
Ils étaient énormes. Ceux de l'université sont petits et super rapides, et on les entend à peine; mais ceux-là, ils tournaient toujours à 6 ou 7 autour de l'eau et des graines, et leurs ailes bourdonnaient. Après un moment sont arrivées une Américaine et une Irlandaise qu'on avait vues à Salento et qu'on avait croisées deux ou trois fois sur le chemin; elles ont déjeuné avec nous, et colibri en anglais ça se dit humming bird.
Una colombianada... Juan était mort de rire. La phrase correcte serait "si no va a pagar, no entre"(si vous n'allez pas payer, n'entrez pas); le panneau dit "sino ba apagar no dentre".
On ne le voit pas bien, mais là dans le fond il y a un énorme oiseau bleu. On avançait 10 mètres et il allait se poser sur un poteau plus loin, et ainsi de suite sur un bout de chemin. Il était sympa.
En redescendant, Alex avait dit qu'il ne fallait pas prendre le même chemin, mais grimper une autre montagne un peu plus petite mais avec une vue spectaculaire et qu'ensuite ça nous ferait descendre à côtés des palmiers de cire. La montée était raide; c'est le moment où les cuisses chauffent très fort parce que vous vous hissez à chaque pas, et vous ne voyez jamais le bout de cette montagne. Mais c'est super agréable, parce qu'il y a toujours cette petite brise qui vous rafraîchit les pommettes.
Et effectivement, c'était spectaculaire. Quand on est arrivés, on ne voyait rien: tout était dans la brume. Et brutalement, tout s'est découvert, et on s'est rendu compte que juste en face il y avait une envolée de montagnes, avec un grand pic en prime.

Aaaah, les jolis sombreros.
La maison derrière. On nous a fait signer un registre où on devait dire d'où on venait. Eh ben il y a plus d'étrangers que ce qu'on croit en Colombie... et énormément d'Américains et d'Allemands. Heureusement que Thibaud, Nomie et Clémence seront là pour équilibrer les statistiques.
Et j'ai oublié de vous dire, il y avait beaucoup de fleurs aussi.
Et des vaches. On se serait presque crus en Normandie.
Ces arbres là étaient super bizarres: on dirait qu'il sont brûlés ou tout secs, mais non. C'était leur couleur et leur forme.
La brume qui se déplaçait.
Et d'autres fleurs. J'adore celles-là.

Bon... on resdescend? la nuit va tomber dans 2 heures. Et la brume se lève, en plus. Dans le chemin tortueux, avec les arbres qui se penchaient, ça vous rappellait fortement Sleepy Hollow. Et on n'était même pas encore dans la zone des palmiers...
Voiiiiilà... Ils sont vraiment immenses, et ils avaient l'air complètement surnaturels. Ils surgissaient d'un coup à un détour de sentier, sans prévenir, et quand on était au pied de l'un d'entre eux on avait l'impression qu'on pouvait continuer à lever la tête et les yeux indéfiniment sans jamais atteindre les palmes.
On est descendus dans la vallée. La brume s'épaississait par moments et s'éclaircissait ensuite; c'est comme ça qu'on se fait surprendre par un palmier inopiné. Regardez où vous mettez les pieds.
Et on couuuuuuuuurt! Scène Hollywood à la colombienne. C'est peut-être kitch, mais c'était trop dur de résister.

Regardez: un instant capturé où la brume devient crème épaisse.

Dernière vue avant d'attraper la jeep pour nous redescendre vers Salento. Elle était blindée; donc on a fait le trajet assis sur le toit tous les trois. Ce qu'on avait pas vu venir, c'était la pluie violente sur les 20 minutes de route; heureusement, le conducteur nous a passés par la fenêtre une grande toile en plastique, et on s'est abrités dessous pour ne pas se faire trop tremper. On rate une partie du paysage, mais si vous vous ménagez un petit trou entre les plis de la toile vous arrivez encore à voir les palmiers qui s'éloignent derrière.